L’outing politique 2/2

II – “To out” or not “to out” – Intérêts, risques et conséquences…

1 – L’outing non réalisé par la communauté homosexuelle

Une arme politique :

L’outing aura évidemment des conséquences pour l’image : « homme qui n’assume même pas ce qu’il est » ou bien « pédé – contre-nature » « folle-honteuse » ou encore, victime ! Sachant que dans notre société, la victimisation a un double sens, être victime, c’est aussi se servir de la bipolarisation dominant/dominé, on peut alors se servir de cette position de dominé pour arriver à ses fins… S’il fait son coming-out avant des élections pour se protéger d’un éventuel outing, on peut aussitôt le taxer d’utiliser son coming-out comme arme électorale ! Ce fut le cas de Bertrand Delanoë, candidat à la Mairie de Paris en 2001, qui fait son coming-out sur M6 six mois avant les élections. On lui a reproché d’essayer de récupérer les voix du Marais…

2 – L’outing réalisé par la communauté homosexuelle

Un besoin d’icônes identitaires :

Une ministre qui accouche ? Les clichés peuvent bien s’étaler à la une des magazines. Les amours homosexuelles de la classe politique, elles, ne se publient pas. L’homosexualité est encore un sujet tabou et moult personnalités publiques (politiques ou show-biz) rechignent à montrer publiquement leur homosexualité par peur de perdre leur électorat ou bien de donner un os à ronger à leurs adversaires…

Pourtant le coming-out d’une personnalité est toujours positif pour la communauté homosexuelle qui a besoin de nouvelles icônes représentatives pour plusieurs raisons :

1 – Marquer son existence.

2 – Donner des « modèles » plus rassurants que des caricatures à la Zaza Napoli (personnage de Michel serrault dans « La Cage aux folles ») aux jeunes découvrant leur homosexualité.

3 – Montrer que quinconque peut être homosexuel et ainsi échapper aux clichés.

Tout le monde sait à quel point notre société est ancrée dans son patrimoine historique et culturel. Il en va ainsi de toute nation, ethnie et par extension de toute communauté. La communauté LGBT n’échappe pas à ce besoin de repères dans lesquels s’ancrer… (C’est pourquoi, par exemple, le coming out de Bertrand Delanoë en politique ou bien d’Amélie Mauresmo en sport ont été des événements importants dans le milieu homosexuel.)

Le risque de suicide (une des 1eres causes de mortalité chez le 15/34 ans) est 4 à 7 fois plus élevé chez les jeunes homo/bi-sexuels masculins et 40% plus accru chez les jeunes filles homo/bi-sexuelles.

En effet, l’homophobie, largement présente chez les jeunes, a des effets destructeurs pour tous ceux qui perçoivent leur attirance sexuelle comme « différente », mais aussi pour tous ceux qui se trouvent stigmatisés à tort ou à raison, du seul fait de leur « non-conformité de genre » (un garçon aux goûts et à l’allure raffinés sera vite insulté même s’il est attiré par des filles !)

Connaissant le besoin d’une minorité de se reconnaître dans des figures emblématiques, la tentation de pousser des personnalités homosexuelles à assumer au grand jour une homosexualité cachée du public peut évidemment être grande…

Un moyen de lutte et/ou de pression envers un homosexuel cautionnant des positions homophobes :

L’outing peut aussi être un moyen de lutte sociale de dernier ressort, qui ne peut s’utiliser que face à une violence politique avérée, comme le mouvement de libération homosexuel s’en est servi outre-Atlantique. L’outing s’inscrit alors dans la même logique que certaines techniques radicales utilisées dans les plus honorables des luttes syndicales historiques. Mais cette mesure extrême n’a encore jamais été employée en France, même s’il fut évoqué au cours des ignobles manifestations de violence verbale impunie et indigne, de la part notamment des parlementaires opposés au Pacs.

En guise de conclusion, juste quelques questions… : L’outing d’une personne publique fait-elle avancer la cause gaie ? L’outing ne peut-il pas être assimilé à une sorte de « viol psychologique » ? L’outing associe implicitement l’homosexualité à la honte plutôt qu’à une simple question de vie personnelle, quels effets cette pratique a t’elle alors sur la situation globale des gays ?

Sources : Eribon Didier, Le dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, 2003, p.347 / Roméro Jean-Luc, On m’a volé ma vérité, Seuil, 2001 / Tin Louis-Georges, Le dictionnaire de l’homophobie, PUF, 2003 / Têtu n°33 – Avril 99 / www.actupparis.org

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